Jorge Luis Borges, The Unending End

‘Un peintre nous promit un tableau.

Aujourd’hui, en New England, j’apprends qu’il est mort. J’ai senti, une fois de plus, la tristesse de comprendre que nous sommes une sorte de rêve. J’ai pensé à l’homme et au tableau perdus.

(Seuls les dieux peuvent promettre, parce qu’ils sont immortels.)

J’ai pensé à une place préétablie que la toile n’occupera pas.

Puis j’ai pensé : Si elle était là, elle serait avec les années une chose de plus, une chose, une des vanités ou des habitudes de la maison ; maintenant elle est illimitée, incessante, elle est susceptible de toute forme et de toute couleur, elle n’est liée à aucune.

Elle existe en quelque façon. Elle vivra et croîtra comme une musique et elle sera avec moi jusqu’à la fin. Merci, Jorge Larco.

(Les hommes aussi peuvent promettre, parce que dans la promesse, il y a quelque chose d’immortel.)’

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

René Barjavel, Ravage

‘Nous vivons dans un univers que nous croyons immuable parce que nous l’avons toujours vu obéir aux mêmes lois, mais rien n’empêche que tout puisse se mettre brusquement à changer, que le sucre devienne amer, le plomb léger, et que la pierre puisse s’envoler au lieu de tomber  quand la main la lâche. Nous ne sommes rien [...], nous ne savons rien.’

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Muriel Barbéry, L’élégance du hérisson

‘J’ai partiellement compris cette joie soudaine quand Kakuro parlait des bouleaux russes. Ça me fait le même effet quand on me parle des arbres, de n’importe quel arbre : le tilleul dans la cour de la ferme, le chêne derrière la vieille grange, les grands ormes maintenant disparus, les pins courbés par le vent le long des côtes venteuses, etc. Il y a tant d’humanité dans cette capacité à aimer les arbres, tant de nostalgie de nos premiers émerveillements, tant de force à se sentir si insignifiant au sein de la nature… oui, c’est ça : l’évocation des arbres, de leur majesté indifférente et l’amour que nous leur portons nous apprend à la fois combien nous sommes dérisoires, vilains parasites grouillants à la surface de la Terre, et nous rend en même temps dignes de vivre, parce que nous sommes capables de reconnaître une beauté qui ne nous doit rien.’

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Jorge Luis Borges, Le miroir

Enfant, je craignais que le miroir

Me montre un autre visage ou un masque

Aveugle, impersonnel, qui cacherait

Quelque chose d’assurément atroce. J’ai craint aussi

Que le temps silencieux du miroir

S’écarte de la vie quotidienne

Des heures humaines et abrite

En son vague espace imaginaire

Des êtres, des plantes, des couleurs nouvelles.

(Je ne l’ai dit à personne, l’enfant est timide.)

Aujourd’hui, je crains que le miroir enferme

Le véritable visage de mon âme

Orgueilleuse, sur la défensive et abattue,

Celui que voit Dieu, peut-être aussi les Hommes.

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses

‘Que ce soit le chant d’une lampe ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le gémissement de la mer qui t’environne – toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix.’

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Thomas Wharton, Un jardin de papier

‘Il se souvint d’un passage lu dans un des livres du comte, un commentaire sur le Système d’Al-Kindi qui, au X° siècle, postula que chaque chose exerçait une influence causale sur toutes les autres. Le cosmos tout entier, du plus infime atomes aux espaces infinis qui s’étendent au-delà de la lune, formaient dans l’esprit de Dieu une immense toile d’interrelations. A partir de cette ahurissante proposition, le philosophe arabe avait conjecturé que la connaissance parfaite d’une seule chose, qu’il s’agisse d’une chaise, d’une plume, d’une goutte de pluie ou d’un grain de poussière, mènerait nécessairement, en vertu de cette toile d’interrelations, à une compréhension de tout le reste. Une radieuse connaissance du Tout. Le moindre caillou sous nos pas métamorphosé en miroir reflétant de manière invisible la Création tout entière.’

Publié dans : Non classé | le 14 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Jorge Luis Borges, Echecs

I.

Dans leur coin, bien gravement, les joueurs

Guident les lentes pièces. L’échiquier

Jusqu’à l’aube les suspend au sévère

Terrain où se haïssent deux couleurs

Les formes, au-dedans, rayonnent de magiques

Rigueurs : tour homérique, agile

Cavalier, dame en armure, ultime roi,

Fou tortueux et pions agresseurs.

Quand les joueurs se seront retirés

Et quand le temps les aura consumés,

Le rite assurément se poursuivra.

En Orient s’est embrasée cette guerre,

Dont le théâtre est aujourd’hui la Terre.

Ce jeu, tout comme d’autres, est infini.

II.

Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine

Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,

Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin

Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main

Du joueur qui les tient gouverne leur destin,

Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant

Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.

Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier

(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier

Bâti de noires nuits et de blanches journées.

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.

Quel Dieu, derrière Dieu, débute cette trame

De poussière et de temps, de rêves et d’agonies?

Publié dans : Non classé | le 10 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Jorge Luis Borges, Tlön Uqbar Orbis Tertius

‘Le présent est l’indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent.’

Publié dans : Non classé | le 10 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

René Barjavel, La nuit des temps

‘Cette conviction que l’Homme-en-temps-qu’espèce s’améliore avec le temps vient sans doute d’une confusion inconsciente avec l’Homme-en-temps-qu’individu. L’Homme est d’abord un enfant avant d’être un adulte. Nous, hommes d’aujourd’hui, nous sommes des adultes. Ceux qui vivaient avant nous ne pouvaient être que des enfants.

Mais il serait peut-être bon, il serait peut-être temps, de se demander si la perfection n’est  pas dans l’enfance, si l’adulte n’est pas qu’un enfant qui a déjà commencé à pourrir.’

Publié dans : Non classé | le 10 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Everett Ruess, The Sound of Rushing Water

‘Then there will be no music but the sound of rushing water that breaks on pointed rocks far below, and the sighing of the wind in the pinyons – a warm wind that gently carresses my cheeks, ruffles my hair tenderly, and wanders downwards. Alone I will follow the dark trail, black void on one side and unattainable heights on the other, darkness before and behind me, darkness that pulses and flows and is felt. Then, suddenly, an unreal breath of wind coming from infinite depths will bring to my ears again the strange, dimly-remembered sound of the rushing water. When that sound dies, all dies.’

Publié dans : Non classé | le 10 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »
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